La table de marmotine

Ce blog est une petite douceur franc-comtoise pour vous donner des idées et faire partager mes recettes. Un peu de courage, à vos tabliers et aux fourneaux, vous vous régalerez.

Racontottes (courtes histoires Franc-Comtoises)

 Titres :

1 . Le Joseph

2 . Le pucelage de Blanche

Le Joseph

 En hiver, à la ferme, souvent on se levait avant l’aube pour battre en grange à la cadence rythmée des fléaux.

Ecoutez cette diane en patois:

_ Lèv’te Joset

_ Pou què fâr, à mèr?

_ Pou v’ni écourre

_ Ouais

_ Lève-toi Joseph

_ Pour quoi faire ma mère?

_ Pour venir battre au fléau

_ Oui.

 Et Joseph tranquillement se rendort. Un instant après la mère revient à la charge.

_ Lèv’te Joset

_ Pou què fâr mà mèr?

_ Pou mandzi lâ gaudes

_ Tra la la, dzè m’en vin

_ lève-toi Joseph

_ Pour quoi faire ma mère?

_ Pour manger les gaudes_ Tra la la, je viens.

Le dormeur se lève. Pour une fois le Comtois s’est rendu, les gaudes ont eu raison de lui.

˜˜˜˜

LO PUC’LADGE DE BIANT’CHOTTE

LE PUCELAGE DE BLANCHE

Lo Firmin était în d’june home d’la campaigne. I rentrait t’chi lu aiprès dous onnas d’soudat péssèes en Afrique. C’était en ma èt y aivait to pié dé b’signe à la farme. Auchu teu arriva à la môjon, sa mère l’onvoye pieutchie les poirottes. I n’était pé hérou ma, faut bin fare piagie à sa mère.

 Le Firmin était un jeune homme de la campagne. Il rentrait chez lui aprés deux années de soldats passées en Afrique. C’était en mai et il y avait beaucoup de travail à la ferme. aussitôt arrivé à la maison, sa mère l’envoie piocher les pommes de terre. Il n’était pas content mais, il faut bien faire plaisir à sa mère.

Dans lo t’champ d’à cota, y avait la Biant’chotte, la mugnotte des voijins què pieutchait auchu ses poirottes.

Dans le champ d’à coté, il y avait la blanche, la gamine des voisins qui piochait aussi ses pommes de terre.

Lés poarents n’se cusînt pé ma les afants s’étînt todge bin fréquentâ.

Les parents ne se causaient pas mais les enfants s’étaient toujours bien fréquentés.

Tot en pieutchant, lés d’junes djasînt in pu d’tot, des aimis, d’la faimille, des d’gens di v’ladge… aipré in meument, l’Firmin s’botte à brin r’diadgea la mugnotte. Di temps qu’a n’ç’étins pé vus, lai Biant’chotte avait bin t’changie…

Tout en piochant, les jeunes parlaient un peu de tout, des amis, de la famille, des gens du village… après un moment, le Firmin se met à bien regardé la gamine. Du temps qu’ils ne s’étaient pas  vus, la Blanche avait bien changé.

C’était ène balle d’june feille. Alle ava chopa ène pâre dè totosses din na èt alle révoilla des envies au Firmin chu bin qu’i lu dit : « Dis vor, Biant’chotte, t’ès encouère ton puc’ladge ? »

C’était une belle jeune fille. elle avait attrapé une paire de nénés comme ça et elle réveilla les envies au Firmin si bien qu’il lui dit :« dis voir, Blanche, tu as encore ton pucelage ? »

« Mon puc’ladge? Qu’ô què ç’ô qu’çoci ? »

« Mon pucelage ? Qu’est ce que c’est que ceci ? »

« Man ç’la, tè n’sa pé ç’què ç’ô? ç’ô aque qu’a faut t’fare onl’vâ vitment! tè poreux meuri davo, ta mére ne t’l'é pé dit ? »

« Comment cela, tu ne sais pas ce que c’est ? C’est quelque chose qu’il faut te faire enlever rapidement ! Tu pourrais mourir avec, ta mère ne te l’a pas dit ? »

« Nian! M, tiu qu’ç’ô què poreu m’l'onl’vâ ? »

« Non ! Mais qui est ce qui pourrait me l’enlever ? »

« Bin, moi, po t’adie, bin chur, i vu bin t’l'onl’vâ ».

« Et bien moi, pour t’aider, bien sur, je veux bien te l’enlever » .

Dari l’premi bochon, ç’fu vête fait…

«Derrière le premier buisson, ce fut vite fait…

En rentrant mindgie l’médi, la Biant’chotte dit à sa mére : « Manman, ç’ô tot d’min me malhérou, on m’airait lachi meuri dove çola »

En rentrant manger le midi, la Blanche dit à sa mère :« Maman, c’est tout de même malheureux, on m’aurait laissé mourir avec cela » .

« Dé quoi qu’tè m’causes ? ».

« De quoi me causes-tu ? »

« Bin, d’mo puç’ladge, çô bin hérou qu’lo Firmin m’lé onl’va ! ».

« Et bien de mon pucelage, c’est bien heureux que le Firmin me l’ait enlevé ! » .

« Quoi ! ». Bin chur, la mére y é beyi ène bouène voulâ !

« Quoi ! » Bien sur, la mère lui a donné une bonne volée.

Quand la peure mugnotte r’tonna i t’champ dans la véprâ, alle dit au Firmin : « tè n’sa pé, quand y aî dit à la mére, què tè m’aivî on’lva, mon puc’ladge, alle m’é bèyi ène sacrée voulâ! ».

Quand la pauvre gamine retourna aux champs dans l’après-midi, elle dit au Firmin : « tu ne sais pas, quand j’ai dit à la mère que tu me l’avais enlevé, mon pucelage, elle m’a donné une sacrée volée ! » .

« Oye vaouh ! i n’vu pé aivoi d’hichtoire dove tes poarents, ma p’tète. Ton puc’ladge, i va t’le r’beyie ! » .

« Oh ouah ! Je ne veux pas avoir d’histoire avec tes parents, ma petite. Ton pucelage, je vais te le redonner ! » .

Et, dari lo min bochon, i r’fa son affare à la Biantchotte !

Et, derrière le même buisson, il refait son affaire à la Blanche.

Lai mugnotte r’tone à la môjon lo soi . « Tè vois, la mére, lo Firmin qu’tè n’ain me pé, al n’ô pé chu métchant qu’çola, mon puc’ladge, i m’l'é r’beyie ! » .

La gamine retourne à la maison le soir .« Tu vois, la mère, le Firmin que tu n’aimes pas, il n’est pas si méchant que çà, mon pucelage, il me l’a redonné ! » .

I n’veu dit pé la tannée qu’la mére y é botta…

Je ne vous dis pas la tannée que la mère lui a donné .

Lo lend’min, quand la p’tète ô arriva au t’champ, alle dit au boube : « Quand y aî dit à la mére què tè m’l'é r’beyie, alle m’é quoi r’mis ène tarribye voulâ, èt bin, à ç’t'houre, Firmin, tè f’ré tot c’què t’voreux, mon puc’ladge, tè m’l'enlevré, tè m’le r’beyieré, té m’l'enlevevré, i n’dira pu ran à la mére » .

Le lendemain, quand la petite est arrivée au champ, elle dit au garçon : « Quand j’ai dit à la mère que tu me l’as redonné, elle m’a encore mis une terrible volée, et bien, dorénavant, Firmin, tu feras tout ce que tu voudras, mon pucelage, tu me l’enlèveras, tu me le redonneras, tu me l’enlèveras, je ne dirai plus rien à la mère .

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